La vidéo dans le football, pourquoi ça coince ?

Nous sommes le 22 juin 1986, au stade Azteca de Mexico, en quart de finale de la Coupe du Monde de football entre l’Argentine et l’Angleterre, lorsque « la main de Dieu » changea l’Histoire de ce sport. En effet, devant les 105 094 spectateurs et les millions de téléspectateurs, Diego Maradona vient de créer l’un des plus grands événements du football moderne. A la 51ème minute du match, il n’y a alors que 0-0, sur un centre venu de la droite, la star argentine ne peut atteindre le ballon de la tête et le pousse donc de la main. La balle loba le gardien anglais, Peter Shilton, et termina au fond des filets. L’arbitre tunisien, Ali Bennaceur, accorda le but à la Céleste.

Et si, ce jour là, la vidéo avait existé ? L’Argentine n’aurait probablement pas été championne du Monde… Mais comment pouvait-on empêcher l’équipe du Dieu Diego de ne pas l’être ? L’enjeu était trop important. La nation avait besoin de cette victoire pour unir son peuple autour d’une seule et même cause. L’Argentine sortait de plusieurs années de guerre civile, était en pleine crise économique et possédait une démocratie encore fragile. Mais est-ce une raison pour oublier que le fair-play et le respect des règles sont la base de ce sport qui est le football ?

S’il y avait eu la vidéo…

Le sport, et plus particulièrement le football, est le reflet de la société. Il se doit de vivre avec son époque et de s’adapter aux changements. Par exemple, lorsque le « roi » Pelé est, pour la première fois, Champion du Monde en 1958, il n’y avait alors aucun changement d’autorisé, le joueur blessé devait rester sur le terrain. Aujourd’hui chaque équipe peut effectuer trois changements à chaque rencontre. Le football refuse malheureusement toujours une certaine évolution dans le domaine de la technologie, comme l’apport de la vidéo par exemple… A croire que l’Histoire ne nous a rien appris.

Revenons quatre ans avant la « main de Dieu », nous sommes en Espagne, à Séville exactement. La France affronte la RFA (l’Allemagne de l’Ouest) en demi-finale de la Coupe du Monde. Ce qui va se passer restera gravé à jamais dans les mémoires des passionnés du ballon rond. A l’heure de jeu, alors que la France domine l’équipe allemande, le milieu de terrain français Patrick Battiston est victime d’un véritable attentat de la part du portier adverse. Harald Schumacher vient percuter violement le joueur tricolore qui n’est plus en possession du ballon. L’ami de Michel Platini est évacué inconscient, souffrant de multiples fractures aux dents et aux vertèbres. A la surprise générale, Charles Corver, l’arbitre de ce match ne siffle rien, le Monde entier a vu ce qu’il vient de se passer, sauf lui… A ce stade là, ce n’est plus les lunettes qu’il faut changer. Si la vidéo avait été là, il y aurait eu carton rouge pour le gardien allemand, pénalty pour l’équipe de France et surement une place en finale à la clef.

Suite à un tel scandale, nous pouvions espérer certaines évolutions, sans succès…

En 2006, l’Italie se qualifie en quart de finale de la Coupe du monde au dépend de l’Australie sur une simulation grossière de Fabio Grosso dans la surface adverse à la 90+3 minute. L’équipe de l’hémisphère sud avait été au-dessus de la Squadra Azzura dans tous les secteurs de jeu cet après-midi là. S’il y avait eu la vidéo, le joueur italien aurait écopé d’un second carton jaune, synonyme de rouge, pour simulation et l’Italie n’aurait certainement pas remporté la compétition deux semaines plus tard. Mais c’est vrai que l’Australie, pays du rugby et des kangourous, sortant l’Italie de la compétition, ça aurait fait tâche.

Pourquoi ne pas aider le corps arbitral dans leurs décisions grâce à la vidéo ?

Ca n’aurait rien changé pour le dernier match de notre Zizou national… Ils auraient quand même vu le coup de boule…

Et oui, les instances du football ne veulent pas de la vidéo pour aider les joueurs mais s’en servent pour les sanctionner. Demandez à Luis Suarez ce qu’il en pense. Il a été suspendu pendant 4 mois l’été dernier après avoir mordu l’italien Giorgio Chiellini. Il n’avait même pas écopé d’un carton jaune lors de la rencontre… Plus récemment c’est l’attaquant bastiais, plus souvent suspendu que sur les terrains, Brandao qui a été écarté des pelouses pour les trois prochains matches. La décision a été prise après visionnage des images par la commission de discipline.

La vidéo dans le football ? Non merci…

Les discours de certains professionnels du football sont assez étonnants au sujet de la vidéo. Aussi bien Sepp Blatter, président de la FIFA, que Michel Platini, président de l’UEFA ne veulent pas de cette avancée technologique. Mais pourquoi ?

Selon le président du football européen, cela « tuerait la fluidité de ce jeu. Ça dénaturerait le football. » Puis il ajoute cette phrase : « En technologie, on peut trafiquer tout ce qu’on veut. ». Ceci est assez comique après lorsque l’on sait, quelques mois après, ce qui c’est passé au sein de la FIFA. On a alors envie de lui poser la question suivante : « Michel, la vidéo serait donc à l’image du football moderne ? ». Mais on n’osera pas.

La première excuse des patrons du ballon rond est donc la dénaturation du football. En effet, l’erreur est humaine et jusqu’à preuve du contraire, les arbitres ne sont que des hommes. Mais ceci ne va pas avec les à-côtés du football que l’on connaît aujourd’hui… Comment peut-on confier à un seul homme de telles responsabilités ? La pression des supporters, des présidents de clubs, des agents de joueurs, des contrats marketings, des paris sportifs, des sommes vertigineuses qui circulent lors d’un match ; tout ceci ne peut reposer sur les épaules que d’un seul homme ou d’une seule femme. Qui sera, soyez en sur, le coupable idéal en cas de polémique.

Monsieur Platini, on ne vous demande pas de déshumaniser le football, mais de le rendre plus juste. Un arbitre placé derrière un écran de télévision, en contact permanent avec ses collègues sur le terrain, ne reste-il pas un humain ? Suite au visionnage, la décision qu’il prendra lui appartient. Cette méthode est celle utilisée, avec succès, au rugby.

Mettre en place un tel système est très onéreux, certes, mais lorsqu’on apprend que la FIFA a empoché  4 milliards d’Euros lors de la dernière coupe du monde, on se dit que la vidéo ne devrait pas être un problème de taille. D’autant plus qu’aujourd’hui, pratiquement tous les matches sont retransmis à la télévision, les caméras seraient donc déjà sur place. L’excuse du coût trop élevé ne tient donc pas debout non plus. Il serait tellement simple de voir s’il y a vraiment penalty ou non, s’il y a carton jaune ou rouge, s’il y avait hors jeu ou non…

Pour nous faire patienter, messieurs les présidents du football mondial ont mis en place des arbitres de surfaces. Ce sont deux arbitres, principalement lors de compétitions internationales, placés derrières chaque but et qui ont pour rôle de juger ce qui se passe dans les surfaces de réparation. Mais le problème n’est-il pas ailleurs ? Pas plus tard que mercredi dernier (le 19 août), lors du barrage aller de la Champions League entre Valence et Monaco, un joueur monégasque est fauché dans la surface, devant les yeux de l’arbitre de surface. Celui-ci n’a pas bronché, de quoi nous faire douter de sa bonne foi…

Et si les arbitres ne décidaient pas de tout. Lors de ce match, un homme était plus intéressé que n’importe quelle autre personne. Il s’agit de Jorge Mendes. Il est agent de joueurs et est en contrat avec quelques footballeurs inconnus comme Cristiano Ronaldo, James Rodriguez ou encore Radamel Falcao. Il possède également dans ses petits papiers plusieurs joueurs de l’AS Monaco et du FC Valence… La vidéo nous ferait alors peut-être prendre conscience de certains comportements gênants sur le terrain. Que ce soit de la part du corps arbitral ou de certains joueurs.

La vidéo dans le football, ça dérange.

 

Comment peut-on expliquer l’absence de la vidéo aujourd’hui, en 2015, dans le sport numéro un, autrement que par une histoire de gros sous ? A aucun moment, les mots « corruption » et « matches truqués » ne nous viennent à l’esprit. La FIFA est l’une des organisations les plus puissantes du monde, avec à sa tête un président ayant les mêmes droits qu’un chef d’état de n’importe quelle nation mondiale. Ce dernier est actuellement Monsieur Sepp Blatter. Il a récemment été réélu, avant d’annoncer sa démission  qui n’aura réellement lieu qu’en 2016. C’est vrai qu’être à la tête de la nation football depuis 1998, ça commence à faire un peu long. Toujours réélu, jamais inquiété.

Connaissez-vous beaucoup de nations, parmi les pays développés, aujourd’hui dans le monde, ayant une politique démocratique et juste, qui possède le même chef d’état depuis dix-sept ans ? Ceci explique peut-être cela. « Comment voulez-vous qu’un homme de 79 ans comprenne quelque chose à la vidéo »…

Arrêtons de spéculer, les matches arrangés n’existent pas, enfin presque pas. Reprenons l’exemple de Jorge Mendes, évoqué précédemment. Ce dernier travaille en étroite collaboration avec un fond d’investissement du nom de Doyen Group. Cette entreprise est spécialisée dans l’extrait de charbon et d’uranium. A première vue, il n’y a aucun rapport avec le football.

Mais cette multinationale investit depuis plusieurs années dans les joueurs de football. Elle possède, par exemple, 33% des droits de l’international français Geoffrey Kondogbia et du belge Dries Mertens. Ces deux joueurs évoluent dans le même championnat et sont donc amenés à se rencontrer à plusieurs reprises lors d’une même saison… Elle détient, aujourd’hui, les droits de plusieurs centaines de joueurs, jouant dans des dizaines d’équipes différentes, souvent rivales. Mais ceci ne s’arrête pas là, ça serait trop simple.

Prenons l’exemple d’Eliaquim Mangala. Lorsque le joueur français évoluait au FC Porto, ses droits étaient partagés entre le club (57%), Doyen Group (33%) et une boîte anonyme (10%). A la tête de cette « entreprise » clandestine nous retrouvons Luciano D’Onofrio. Ancien agent de joueurs comme Didier Deschamps ou Zinedine Zidane, il a été interdit d’exercer son métier après plusieurs condamnations pour détournement d’argent et abus de biens sociaux. Il contourne donc la loi en possédant une partie des droits de certains joueurs.

Imaginons maintenant que ce monsieur, ou un fond d’investissement tel que Doyen Group décident du sort d’un match pour des raisons lucratives. La présence de la vidéo complique légèrement les choses. Un gardien qui rate le ballon, un pénalty généreusement accordé, une main non sifflée, un carton rouge non valable, un but accordé entaché d’un hors jeu, tout ceci ne serait alors plus possible. Heureusement pour nous, en 2007, Michel Platini a annoncé la fin des fonds d’investissements dans le football. Nous sommes en 2015, et Michel, nouvel entraineur de l’Olympique de Marseille, a pour agent Jorge Mendes et par conséquent Doyen Group…

L’arbitrage vidéo, ou l’appel à la vidéo, est aujourd’hui utilisé dans de nombreuses disciplines, souvent moins médiatisées que le football. Le rugby, le tennis, l’escrime, le volley, le basket et tant d’autres ont recours à cette pratique.

Messieurs les présidents de la FIFA, de l’UEFA et des autres confédérations continentales, le football a besoin de la vidéo, comme ces organisations ont besoin de nouvelles personnes à leurs têtes. Les excuses financières et humaines ne sont pas recevables. Néanmoins, nous comprenons que de soudoyer un arbitre central, des arbitres de touche, des arbitres de surface, un cinquième arbitre, plus un arbitre vidéo, ça commence à être excessif. Messieurs, je me permets de vous demander la chose suivante : arrêtez de nous prendre pour des…truffes.

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